Champagne et Substituts, quelle est la Vérité

Suite au commentaire d’un mécontent, voici notre conversation (par mail) :

René : “Ne vous ruinez par pour un champagne. Achetez un bon crémant, c’est beaucoup moins cher, c’est élaboré avec la méthode champenoise et des tests en aveugle montrent que la plupart des consommateurs ne font pas la différence avec un champagne. Il y a même de meilleurs crémants que certains champagnes. L’appellation champagne est réservée à un terroir, cad à une zone géographique. Or, on sait (études INRA) que le terroir n’a quasiment aucune influence sur la qualité d’un champagne (ou d’un vin). Cépage, climat, vinification sont, par contre, des paramètres importants. Bref, le champagne est une véritable escroquerie basée sur une réputation usurpée, et le fait de société bien connu : il faut “casquer” pour ne pas passer pour un radin. Je doute que mon commentaire soit publié ! Que la fête continue pour enrichir un peu plus la filière champenoise….

René Vérité”

Réponse Paris-Champ.fr :

Bonjour,

Je voulais vous remercier d’échanger sur le champagne même si c’est en terme négatif, il y a aucun intérêt de mettre des commentaires sur mon site car je ne valide aucun message même s’il est positif, c’est juste un moyen pour moi que récupérer des contacts. Croyez bien que je me suis renseigné sur les substituts aux champagnes, j’ai fait plusieurs salons pour trouver des produits pétillantes de bonne qualité : Crémant de Bourgogne, Méthode gaillacoise, Muscato d’Asti, Spumante. Le seul compromis que j’ai trouvé est un crémant d’Alsace qui est quand même à 12€, à ce prix là on a d’excellents champagnes de producteurs. Ceux ci ne jouent pas à cette économie de marché d’élaborer des cuvées exorbitantes en terme de prix et de complexité et c’est d’ailleurs ma vision. Après en terme d’images, ya toujours des gens mécontents qui conspuent le modèle champenois car ceux sont les seuls qui ont réussi, ces gens là, on les appelle des “aigris” ou “jaloux” et ils sont généralement des producteurs de crémant (le producteur de méthode gaillacoise en faisait partie, il a même été à me dire que Dom Pierre Perignon venait de Gaillac…
Parlons alors technicité, vous parlez de terroirs, moi je dis que les crayères champenoises sont les meilleurs sols qui existent, ils drainent ou retiennent l’eau sans pareil, juste pour info, ces crayères seront normalement nommées patrimoine classé à l’UNESCO.
Vous parlez de cépages, moi je dis que le CIVC a sélectionné et autorisé 3 cépages principaux et d’autres marginaux… entre les 3, il y a le Pinot Noir et le Chardonnay qui sont les seuls cépages des vins de Bourgogne considéré comme les meilleurs au monde, mon meilleur souvenir reste d’ailleurs un Beaune Grèves 2004 de la maison Bouchard (exclusivement pinot).
Vous parlez de vinification, moi je dis que la Champagne a été l’inventeur de l’effervescence. Et quoi de plus remarquable de vinifier des vins et effervescents qui plus est, dans de si mauvaises conditions météorologiques et climatiques, remarquons tout de même que la Champagne est le vignoble le plus au nord et donc le moins aidé, et pourtant les vignerons élaborent des cuvées extraordinaires et aussi des cuvées ordinaires remarquables. C’est d’ailleurs en Champagne (et uniquement en Champagne) que l’on juge la qualité du travail du vigneron par son brut sans année alors que dans les autres vignobles, c’est la tête de Cuvée qui est encensé. C’est d’ailleurs pour cela que les vins de Bordeaux n’ont plus grand intérêt pour moi car ils font des merveilles sur leurs têtes de cuvées et les autres cuvées se vendent en grande distribution. En Champagne, on juge Ruinart pour sa touche maison avec son Brut, on classifie Bollinger pour sa touche Pinot ou on range Delamotte/Salon comme les spécialistes de la finesse avec leurs blancs de blancs sublimes.

Pour être franc, je viens d’une région, d’un milieu social et d’une famille où on fêtait les événements au Kriter ou au cidre alors ne venez pas avec votre morale d’aigris. Je n’ai découvert le Champagne que très tard et c’est bien dommage. C’est partout pareil, il y a toujours du bon et du mauvais, en Champagne comme pour les lecteurs, mais en Champagne le mauvais est quand même pas si mauvais. Les organismes de la Champagne sont là pour verrouiller l’appellation champenoise.

Au fait votre message n’a pas été validé mais je l’ai mis dans un article, le lien est ici

Champagnement votre,

Guillaume LECOINTRE
http://www.paris-champ.fr

Réponse René :

“Merci de m’avoir répondu, et aussi d’avoir passé mon message, je ne m’y attendais pas.
Petite précision : je ne suis pas mécontent. Arrivé par hasard sur votre site hier, et comme on pouvait s’y exprimer, j’ai dit simplement ce que je pensais du champagne (qu’il m’arrive de boire, comme tout le monde).

Vous avez avancé des arguments ; voici mes réponses :

Technicité :
Terroirs : “moi je dis que les crayères champenoises sont les meilleurs sols qui existent, ils drainent ou retiennent l’eau sans pareil”.
Réponse : des sols crayeux, il en existe partout en France avec les mêmes caractéristiques d’évacuation de l’excès d’eau. On peut y cultiver des céréales de la betterave, de la vigne,…. Des chercheurs de l’INRA ont fait des tas d’étude pour mettre en évidence l’influence du facteur “sol” sur la qualité d’un produit (un vin, par exemple), entre un sol crayeux d’une zone A et d’une zone B ; c’est très peu de choses et négligeable vis-à-vis des critères “cépages, climat et surtout vinification”. La notion de terroir est surtout un enjeu économique majeur, lié à l’AOC :

Transformer des hectares de blé en hectare de vigne, c’est multiplier par 350 la valeur d’une parcelle cultivable ». Un ha de vigne en champagne, c’est 800 000 à 1 million d’€ (Sources Wikipédia). Il y a de quoi être jaloux …

“juste pour info, ces crayères seront normalement nommées patrimoine classé à l’UNESCO”.
Réponse : après vérification sur le site de l’UNESCO, la demande de classement concerne “le vignoble champenois” ; les crayères n’en sont qu’une composante.
Par ailleurs , les crayères ne sont pas un terroir, comme vous le dites. Définition des crayères : en Champagne, carrières de craie exploitées autrefois pour extraire des matériaux de construction ; utilisées pour certaines d’entre elles depuis le XIXe siécle en cave d’affinage et de vieillissement pour conserver le champagne.

Cépages : “le CIVC a sélectionné et autorisé 3 cépages principaux et d’autres marginaux”.
Réponse : Oui mais rien n’interdit aux autres régions d’utiliser ces cépages, ce qu’elles font d’ailleurs.

Vinification : “la Champagne a été l’inventeur de l’effervescence”.
Réponse : Oui, cela s’appelle la méthode champenoise. C’est un procédé aujourd’hui bien connu et maîtrisé qui n’est protégé par aucun brevet. Tout le monde peut donc l’utiliser, ce que font
notamment les producteurs de Crémant. Mais ils n’ont pas le droit de faire figurer sur leurs bouteilles “méthode champenoise” . Ils doivent se contenter de parler de “méthode traditionnelle”.

Climat : vous dites vous-même que le climat n’est pas extraordinaire en champagne et qu’il faut faire avec (cad surtout compenser par la vinification une récolte qui ne serait pas de la qualité voulue). Et la double fermentation permet beaucoup de choses : assemblage de crus et/ou millésimes, liqueur de tirage, ….

Pour résumer l’aspect “technicité”, à mon sens, la zone de production du Champagne n’a pas d’avantage particulier, par rapport, par exemple, à la zone viticole d’Alsace où est produit le Crémant (qui vous a plu).
Et des tests en aveugle réalisés par 60 millions de consommateurs voici qq années l’ont bien montré : peu de consommateurs “ordinaires” font la différence entre un bon Champagne et un bon Crémant. J’ai fait l’expérience dans ma famille, avec le même résultat (bandeau sur les yeux, mêmes verres, même température, …).

Non, ce que je reconnais à la filière champenoise, c’est plutôt ses qualités dans les domaines juridique et de marketing : protection de l’appellation, extension limitée de la zone et surtout avoir su associer le champagne au luxe et à la fête. Après quoi, il suffit d’engranger les bénéfices de cette stratégie : à partir d’une qualité correcte, cela va de soi, fournir un éventail de prix suffisamment large pour que le consommateur lambda, le cadre moyen et … le trader trouvent chacun le produit correspondant à leurs moyens et à l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes.

Le seul point qui me gêne là-dedans est cette espèce de dictature maintenant du champagne dans les rapports entre personnes qui se reçoivent. A cause de l’image qu’il véhicule. Du champagne et du cher (voyons l’étiquette), sinon rien ! personne ne ferait pourtant la différence avec un bon crémant ….

Bien (ou mieux) informé, chacun est libre de faire ce qu’il veut… et puique vous faîtes des citations, je vais en faire une aussi ; Einstein a dit un jour : il est plus facile de casser un atome qu’un préjugé”. Ce sera effectivement difficile pour le champagne.

Je passe sur vos commentaires me concernant. Restons-en aux faits, car ils sont têtus et ce sont les seuls qui m’intéressent, et certainement aussi les visiteurs de votre site.

Cordialement vôtre

René Vérité.”

One comment on “Champagne et Substituts, quelle est la Vérité

  1. Bonjour,
    c’est un débat très intéressant.
    Il n’en reste pas moins que
    -on trouve d’excellents Champagnes dans les 12-15 euros chez les propriétaires, et ils sont très nombreux;
    -il y a un nombre incalculable d’excellentes cuvées très originales dans de nombreuses grandes maisons; par exemple le récent succès des ultra brut sans dosage, qui sont une opération de vérité (sic) sur le vin qui est derrière les bulles, et dont on trouve nombre de très bons exemples partout en Champagne;
    -les Crémants progressent, dans mon expérience c’est en Loire, puis en Alsace, qu’on trouve à la fois le plus de spécificité par rapport à la Champagne, et en même temps des réussites étonnantes qui sont au niveau du plaisir qu’on peut avoir avec de très grands Champagnes (grands par le goût, pas forcément par l’étiquette).
    Quand à la machine juridico-économique, elle marche tellement bien (peu de gens connaissent sa dimension sociale et sociétale étonnante, avec des protections des paysans fournisseurs de raisins et des salariés de maisons dignes des grandes heures de l’Etat Providence ou des salariés de la banque!) que les autres vignobles français aimeraient bien l’imiter pour solidifier une filière un peu fragile…
    Donc beaucoup de marketing oui, mais pas mal de vin derrière, et en fait un exemple à suivre dans beaucoup de cas. Evidemment, il y a toujours des dérives. Mais qui n’en a pas?

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