cépages oubliés ou disparus de champagne

❝ Dans les statistiques, ils apparaissent sous le terme divers, et constituent moins de 1% de l’encépagement champenois. Qui sont-ils? ❞

Chardonnay (en photo), Pinot Noir, Pinot Meunier :

C’est la trilogie champenoise en matière d’encépagement. Mais, la plupart du temps, oublie le tout petit pourcentage de “divers”, pas même 1%, soit très exactement 92 hectares sur plus de 30.000 en production. Quantité négligeable, certes, mais qui éveille l’attention des curieux, retient celle des collectionneurs et suscite l’intérêt des expérimentateurs, ceux qui poussent le bouchon jusqu’à réaliser des cuvées spécifiques.

Carton Rouge pour le Gamay (en photo)
Le resserrement de la production de champagne autour des cépages dûment répertoriés date de 1927. C’est à cette époque que le gamay, alors largement répandu, est exclu de l’élaboration du Champagne. Mais la mesure n’est pas appliqué brutalement. Les vins issus de gamay planté avant la date de promulgation de la loi sont admis à la champagnisation sont admis jusqu’en 1945. Ce délai sera prolongé de sept ans, puis des dérogations à titre individuel seront accordés sous certaines conditions, de sorte qu’aujourd’hui encore, il peut se trouver quelques plants de gamay dans certaines cuvées de champagne. Mais ces dérogations sont pratiquement toutes arrivées à leur terme et ne sont pas transmissibles. Donc “Exit” le Gamay.

En revanche, tous les pinots noirs sont admis, y compris le pinot blanc vrai, un cépage à jus blancs. Il est difficile d’évaluer sa place exacte car il peut être éparpillé dans une vigne de Chardonnay. Il faut d’ailleurs attendre la fin du 19ème siècle pour que les ampélographes les distinguent l’un de l’autre. Il est toujours vinifié avec les autres blancs.
Le Pinot de Juillet, quant à lui, doit son nom à sa précocité, qui lui vaut d’être vendangé bien avant le grand boom des vendanges. Non pas en Juillet, d’ailleurs mais début Août.
Au delà de l’aspect historique et patrimonial, il présente un intérêt technique qui n’a pas échappé à la maison Moët. Son Jus est utilisé en pied de cuve, afin de favoriser la fermentation malolactique, transformation de l’acide malique en acide lactique. Ses bactéries sont en effet mieux adaptées à la préparation des levains.
Enfin, le Pinot Droit, a également connu son heure de gloire. “Il y a 25 ans, j’en greffais beaucoup. On en comptait une dizaine d’hectares.” assure René Goutorbe, pépiniériste à Aÿ. Ce passionné de Cépages s’est mis en tête de retrouver tous ceux qui ont existé de terre champenoise. Sa passion étant connue de tous, mes premiers à identifier un ancien plant lui transmettent l’information. Tout récemment, Michel Michaux, lui a déniché du Gouais… en région parisienne. En 1905, le vignoble de l’Aisne e, alignait mille hectares, avant de l’éliminer au profit de cépages plus précoces, pas trop productifs at aux qualités œnologiques supérieures. Fort répandu en Ile-de-France, c’est là que Michel Michaux l’a repéré.

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Dans le sens de la lecture, les Cépages : Arbanne, Petit Meslier, Fromenteau et Pinot Blanc

Arbane : blanc par excellence
Arbane et petit meslier complètent la palette. Ce dernier, déjà connu de Rabelais et courant dans la partie nord, était considéré comme un cépage de premier ordre. Mais il est parfois confondu avec l’Arbane. À tort, si l’on en croit le traité d’ampélographie de Viala-Vermorel, qui donne l’explication suivante : il aurait été transporté jusque dans les Vosges avec de l’arbane, cépage qui ne pouvait y mûrir. Le vosgien a dons détruit l’arbane et gardé le petit meslier mais en lui attribuant le nom d’Arbane, déformé en arbonne. S’il faut trouver une explication, elle est dans la grande réputation de l’arbane (ou arbanne), dont le nom semble indiquer le cépage blanc par excellence. Parfois, on évoque même les moines de l’abbaye cistercienne de Clairvaux. De maturité tardive, l’arbane était parfaitement adapté à cette partie méridionale de la Champagne. Selon le Viala-Vermorel, “l’élimination progressive des cépages tardifs de la région septentrionale lui a été fatale”.
Mais on n’achève pas si facilement les ceps de vigne. À Buxeuil, dans la Côte des Bars, le vignoble Moutard a toujours comporté depuis 1952 une parcelle de dix ares, plantés en arbanne. “On récolte en dernier, précise François Moutard. Il paraît même qu’il y avait des vendanges tardives d’arbanne, en raison de son potentiel très élevé d’accumulation de sucres”.

La Symphonie de six cépages
Une “vendange tardive” en Champagne, ce n’est sûrement pas pour demain. Mais les premières cuvées 100% arbanne ont vu le jour en 1994. “C’est en 1992 que j’ai eu l’idée de faire une vinification séparée, explique François Moutard. J’ai agi exactement comme pour les autres raisins. En février 1993, lors de la dégustation des vins clairs, c’était surprenant. ça ressemblait à aucun des cépages connus”.
Élégant et nerveux, ce champagne développe des notes florales, plus ou moins persistantes selon les années. La production tourne autour de 1.200 bouteilles par an, et même si rien de l’indique, il s’agit en fait de millésimes, dont 80% partent à l’export, en Belgique essentiellement.

Dans la foulée, François Moutard a replanté de l’arbanne et du petit meslier. Respectivement 16 et 25 ares. En plus de la cuvée arbanne, réalisée à partir de vieilles vignes, il a décidé, dès la vendange 2000, de franchir un nouveau cap et de tenter un champagne avec les cépages (bouteille en photo) : pinot noir, pinot meunier et blanc, chardonnay, petit meslier, arbanne jeunes vignes. Séparés en lots, ils ont été dégustés et assemblés en février de l’année d’après (2001).
De là à faire ombrage à la fameuse “symphonie des treize cépages” que vantent les documents de promotion de châteauneuf-du-pâpe…
La réglementation n’autorise pas de plantations nouvelles en arbane, petit meslier ou pinot blanc vrai. Si un producteur souhaite enrichir sa palette de cépages, il doit planter sur des droits d’arrachage. Le Comité Interprofessionnel des Vins de Champagne se veut le gardien de la légitimité des trois cépages majeurs. Au nom d’une certaine image du champagne, suffisamment homogène pour être identifiable partout sous l’aire d’appellation, le CIVC ne saurait donc encourager le développement des cépages marginaux.

Champagne Collection
Mais le temps est à la redécouverte du patrimoine, et l’ampélographie n’y échappe pas. Il est aussi à la diversité. Le CIVC n’est-il pas lui-même à l’origine d’une communication sur “les” champagnes? Mumm a depuis longtemps entrepris une collection des anciens cépages. Et la maison Moët cherche toujours le pinot noir vert doré d’Aÿ. “Pratiquement chaque village avait son cépage”, précise René Goutorbe.

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